mercredi 9 avril 2014

Le 09 avril 2004...

C'était vendredi, il faisait beau.

16h30, la sonnerie du lycée annonce enfin la fin des cours et le début du week-end de Pâques. Trois jours de répit loin de ce lycée qui me pourrit la vie. Ma sœur de cœur et moi quittons le lycée, joyeuses pour les perspectives du week-end. Pour moi, ce sera chez ma tante Corinne que j'adore !

Comme tous les jours, c'est la bagarre pour entrer dans le car. Bousculades et insultes sont au rendez-vous. Après moult efforts, je parviens enfin à m'installer confortablement dans mon siège et je visse mes oreillettes pour affaiblir les hurlements juvéniles qui emplissent l'habitacle. Après un petit coucou à ma copine Emeline, le car se met en route vers ma ville, que je déteste également. De toute manière, à 17 ans, je déteste tout (enfin presque tout) : ma vie amoureuse est un fiasco, je n'ai aucune vie sociale en dehors du lycée (déjà qu'elle n'est pas fameuse dedans, imaginez l'extérieur !), je suis moche... Bref, la vie d'une ado ordinaire.

Trente minutes plus tard, c'est la délivrance. Je m'extirpe de cet engin et rentre rapidement chez mes parents pour me réfugier dans ma pièce préférée : ma chambre. Seul endroit où je peux être moi sans être vue. C'est bien sûr sans compter sur mon frère Alexis qui a le don de surveiller mes faits et gestes. Hurlements et disputes sont souvent d'actualité. Mais ne parlons pas de mes frangins pour le moment car ils ne sont pas présents au moment de la scène.

Je jubile intérieurement. Bientôt, je serais à 40 kilomètres de là, en pleine cambrousse avec mes cousins pour le week-end. D'ailleurs, c'est à ce moment que ma tante m'appelle sur mon téléphone portable que mes parents ont bien fini par m'offrir ! 
- Salut tata ! 
- Salut, tu es toute seule ?
- Oui, maman ne devrait pas tarder à rentrer. Elle a dû aller chercher mes frères à l'école.
A ce moment, j'entends quelques sanglots de ma tante à l'autre bout du fil. mon coeur commence à battre un peu plus fort mais je ne montre rien.
- D'ailleurs, j'entends la porte qui s'ouvre, elle doit être là.
- Non, me dit ma tante. Ce n'est pas elle. Ta mère ne rentrera plus... tu devrais descendre.
Fin de la discussion...

De plus en plus perturbée, je dévale les marches à toute allure pour découvrir ma grand-mère en larmes et mon beau-père quasiment dans le même état. Affolée, je demande ce qui se passe. Ma grand-mère me somme de venir avec elle et mon beau-père la soutient.

Montées en voiture pour aller chercher des affaires chez elle, je demande ce qui se passe. Pourquoi ne me dit-on rien ? Qu'est-ce qu'on me cache ? Pourquoi ce silence ? Toutes les idées me passent par la tête : Elle a eu un accident ? Elle est morte ? Mon sang ne fait qu'un tour.

Ma grand-mère me raconte alors les derniers évènements de la journée.

Le 09 avril 2004, j'apprenais que ma mère avait une leucémie.

Ses 40 ans
10 ans plus tard...

Aujourd'hui, cela fait 10 ans que ma mère est tombée malade. Je n'ai jamais su vraiment expliquer et montrer ce que je ressentais à cette époque à ma famille et à ma mère surtout. J'ai toujours eu pour habitude de cacher mes sentiments. Même si elle pense que je ne me suis pas occupée assez d'elle ou que je ne montrais pas que j'étais triste, je pensais à ce que nous aurions pu devenir si elle ne s'était pas battue comme une forcenée pour mes frères et moi.

Aujourd'hui, elle est en rémission complète après plusieurs années de traitements divers. Grâce à sa rage de vaincre, elle a connu mon mari, ses petits-enfants, le plus grand de mes deux frères au lycée et le petit dernier qui fait encore des siennes !

Nous ne pouvons pas savoir ce que la vie nous réserve. Il faut profiter de chaque instant et des personnes que l'on aime. On ne sait pas ce que nous réserve l'avenir.

Aujourd'hui, je souhaite la remercier pour tout ce qu'elle a fait pour nous. Je l'ai vu dans des états pire que la mort. Allongée dans son lit d’hôpital sans un poil sur le caillou, maigre et jaunâtre. Puis les choses qu'elle nous raconte parfois.

Malgré cela, elle a toujours eu le moral. La perte de ses cheveux était devenu un sujet de blagues (je trouvais que ça lui allait bien). Son estomac capricieux lui donnait des envies de manger des choses bien particulières au p'tit déjeuner. Ses 40 ans où mon oncle a testé le fauteuil roulant version quad^^. Quand elle dansait dans son fauteuil pour le baptême de mon cousin. Quand elle prenait un coup de soleil sur son crâne. Quand elle avait peur quand je manipulais son fauteuil dans la rue. Sa surprise pour mes 18 ans... 

Bref, elle nous a transmis la volonté de se battre. Quand mon moral part en cacahuètes, je pense à tous ces évènements qu'elle a traversé. Et je rebondis.

En fauteuil avec mon cousin Guénaël
Je t'aime maman !
Gwladys

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